Chronologie d’un buzz : comment #SergeLeLama a envahi le Web

serge le lama et les cinq étudiants en promenade

Un lama kidnappĂ© Ă  Bordeaux par cinq Ă©tudiants Ă©mĂ©chĂ©s prend le tramway. Comment cet Ă©vènement local a-t-il bien pu faire le buzz sur Internet, au niveau national et au-delĂ  des frontières, en moins d’une semaine ? DĂ©cryptage du buzz #SergeLeLama en 5 phases.

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Phase 1 : un fait divers entre amis

Serge le lama dans le tram
Un lama prend le tram Ă  Bordeaux

Cinq Ă©tudiants promènent un lama en plein Bordeauxdans la nuit du 30 au 31 octobre 2013. Après avoir passĂ© une soirĂ©e arrosĂ©e, ils font la visite nocturne d’un cirque et « emprunte Â» un lama qu’ils baptisent Kuzco. Ils tentent alors de lui faire prendre le tram.

En bonne « gĂ©nĂ©ration Y Â», les cinq Ă©tudiants postent les premières preuves de leur exploit sur leurs profils Facebook. A J+0, le public touchĂ© se cantonne Ă  5 personnes et leurs amis Facebook. L’un d’entre eux republie alors sur Twitter une photo du lama dans le tram (dont il n’est donc pas l’auteur). Le tweet commence aussitĂ´t Ă  ĂŞtre retweetĂ©… Suffisamment pour que des journalistes locaux le voient passer.

Phase 2 : la reprise par la presse

A J+1, la PQR (Presse Quotidienne Locale) s’empresse de se faire l’écho de ce fait divers des plus originaux. Le journal Sud-Ouest publie le premier article « Ivres, ils volent un lama et lui font prendre le tram Ă  Bordeaux » dès le lendemain, le 31 octobre 2013. On y dĂ©couvre en exclusivitĂ© le nom du lama : Serge.

L’info locale de Sud-Ouest est rapidement reprise par les confrères journalistes. Le Parisien dans son Ă©dition du 31 octobre, comme Le Figaro Ă  diffĂ©rentes reprises et bien d’autres, offrent Ă  cet Ă©vĂ©nement local une portĂ©e nationale. La chaĂ®ne d’info continue BFM TV y va mĂŞme de son mini reportage le 1er novembre 2013 en interviewant l’un des « membres du club des cinq et du lama Â».

Ces retombées presse sont immédiatement partagées sur les réseaux sociaux par les internautes bordelais, mais pas seulement. Sans l’écho de ces médias classiques, l’histoire serait restée cantonnée au premier cercle d’amis des étudiants.

Phase 3 : le dĂ©ferlement de contenus parodique

Dès J+2, cet acte extrĂŞmement divertissant (et « hĂ©roĂŻque Â») pour une grande majoritĂ© de jeunes bordelais (et français) appelle Ă  la solidaritĂ© et Ă  la distraction. Le 1er novembre 2013, un profil Facebook « Serge, le lama du Tram B de Bordeaux Â» est créé, ainsi qu’une page Facebook de « Soutien aux 5 Bordelais qui ont promenĂ© Serge le lama dans un tramway Â».

Page Facebook Sergelelama soutient

Les photomontages commencent Ă  envahir Internet, commentĂ©s et relayĂ©s Ă  une vitesse fulgurante : le « Lama de Bordeaux Â» est devenu le sujet de toutes les discussions virtuelles. Une vidĂ©o parodique reprend le tube de Stromae pour « Lamaoutai Â» qui fait 200 000 vues en moins d’une journĂ©e, puis 1 000 000 en 4 jours. On apprendra plus tard que le « chanteur » de ce (you)tube Ă©tait Philippe Krier, finaliste de « La Nouvelle star » en 2013.

Tous ces UGC (Users Generated Contents) très élaborés (des photomontages, des vidéos, des mèmes, etc.) sont créés spontanément par les internautes. Hasard du calendrier, nous sommes pendant un pont de 4 jours, qui plus est pluvieux. Les internautes ont donc le temps de produire tous ces contenus. Et un lama, c’est un peu comme un LOLcat, mais en plus original…

D’autres espaces web se créent alors, toujours spontanément, pour regrouper les UGC et faciliter le suivi, notamment un Tumblr « Serge, le lama de Bordeaux ». On peut désormais suivre @SergeLeLama sur Twitter, avec les hashtags #LeLamaDeBordeaux et #oukilémonlama.

En 4 jours, la page de soutien aux Ă©tudiants rĂ©unit dĂ©jĂ  793 888 fans et 684 769 personnes qui en parlent. Soit plus de fans que sur la page du prĂ©sident de la RĂ©publique ! Le profil du lama atteint lui les 130 371 J’aime et 106 236 personnes qui en parlent.

Notons que les deux personnalitĂ©s impliquĂ©es affichent leur soutien aux Ă©tudiants : Stromae sur son compte Instagram et Serge Lama dans un article du journal Sud-Ouest.

Phase 4 : la couverture mĂ©diatique nationale

Lundi matin, Ă  J+5, les rĂ©dactions nationales s’emparent de l’aventure. Enfin une info optimiste ! L’histoire se termine bien, le lama est en bonne santĂ©, le propriĂ©taire retire sa plainte et le badbuzz est Ă©vitĂ©. Serge le Lama a son reportage sur BFM TV, son petit moment dĂ©tente dans le JT sur France 3, le propriĂ©taire du cirque passe sur Fun Radio et deux des cinq Ă©tudiants ont leur moment de gloire dans Le Petit Journal de Canal+. Un lama dĂ©barque sur le plateau de Touche pas Ă  mon poste sur D8.

Cette histoire pour le moins cocasse traverse nos frontières et rĂ©sonne jusqu’en :

Phase 5 : la reprise marketing

En mĂŞme temps que l’affaire devient nationale et touche un public large, les community managers des marques commencent Ă  surfer sur le buzz #SergeLeLama, crĂ©ant ainsi les premiers contenus « marketĂ©s Â» : Air France, l’UNICEF, la ville de Bordeaux ou mĂŞme Axe avec son nouveau « lamastronaute Â».

Si vous voulez dĂ©couvrir plus de « rĂ©cupĂ©rations », vous pouvez consulter l’article Les meilleures interventions de marques sur Serge Le Lama publiĂ© sur le Blog du ModĂ©rateur.

#SergeLeLama prĂ©sente toutes les qualitĂ©s pour une bonne reprise web marketing : une storytelling rigolo, un animal original, un hashtag dĂ©jĂ  bien implantĂ©, etc. Le tout est de faire vite pour ne pas rater le coche du buzz marketing…

A J+6, on peut mĂŞme acheter les produits dĂ©rivĂ©s #SergeLeLama (tee-shirts et coques de tĂ©lĂ©phones) sur une e-boutique auprès de l’Ă©cole de commerce de Rouen !

L’histoire de Serge le Lama et de ses cinq compagnons de fortune est un vrai buzz comme on les aime, plein d’humour, original et extrĂŞmement viral. Une des clĂ©s de son succès rĂ©side quand mĂŞme dans sa spontanĂ©itĂ© gratuite : il n’y a aucun objectif commercial Ă  l’origine. Ce qui n’empĂŞche pas d’en tirer des leçons web marketing sur les mĂ©canismes de viralisation d’un buzz sur Internet…

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Gabrielle Denis Consultante SEO, rédactrice web
Gabrielle Denis est consultante SEO (Search Engine Optimization), rédactrice web et formatrice. Ancienne journaliste, elle a fondé l'agence Editoile en 2009 à Bordeaux. Certifications : référencement naturel (Webmarketing & co'm), qualité web (Opquast), orthographe (Voltaire), formatrice pour adultes.

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